Manque de sensualité, puis poésie mystérieuse
Paul Moes
Lundi soir (27/10/2008) la salle de musique de Chambre à la Philharmonie afficha complet pour la soirée avec le quatuor à cordes scandinave « Engegard Quartett ». Le nombreux public ne regretta pas le déplacement. En début de concert le Quatuor à cordes n° 10 en mi bémol majeur, op. 74 de Ludwig van Beethoven est interprété de façon impeccable, mais manque cependant un peu d’émotions à notre goût. Les couleurs chatoyantes de l’Adagio sont données dans une atmosphère de recueillement mystérieux et serein, qui allait se diluer dans l’Allegretto avec un entrain plein de charme et un échange agréable de pizzicati entre l’alto et le violoncelle puis entre les deux violons pour aboutir dans un hymne triomphant sous les sons des archets. Merveilleuse la phase triste soulignée par Jan-Erik Gustavsson au violoncelle dans le mouvement.la violence du scherzo est interprétée avec brio et les solistes rendent avec bonheur les nuances qui conduisent de l’orage à la détente. Globalement cette interprétation manque un petit peu de sensualité et beaucoup d’intériorité.
Jan-Eric Gustafson, violoncelle avec Juliet Jopling, alto un
duo de classe
En interprétant ce chef-d’œuvre, le Quatuor Engelgaard s’en en très bien tiré. Nous avons vraiment été ravis ! L’ensemble a évité les écueils techniques, livrant une prestation presque sans faille. Les Engegaard transmettent une lecture vive et convaincante du Sz 93 avec une vision engagée et expressive qui rend bien le caractère pathétique et sombre de ce quatuor ambigu. Les quatre musiciens n’ont pas refusé une certaine poésie mystérieuse plus introvertie, faite de douleur contenue et de méditation.
Du Quatuor pour cordes en sol mineur op. 27 d’Edvard Grieg nous ne retenons que la peut-être étonnante et exceptionnelle empathie entre les interprètes et le compositeur.
Encore une belle et exceptionelle soirée de musique de chambre à mémoriser§
Ecrit à Budapest en 1927, le Quatuor à cordes n° 3 en do dièse mineur Sz93 de Béla Bartók est le plus court de ses quatre quatuors. Un Bartók déjà mûr et original y réalise la synthèse d’influences variées allant de Debussy et Schoenberg à Dvorak et Stravinski. D’une musique tourmentée, agitée, dramatique le quatuor n° 3 exploite des effets harmoniques audacieux et troublants, la palette de sonorités excédant parfois le cadre tonal.


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