Moments bouleversants de grâce musicale à Saint-Michel.
par Paul Moes
Mercredi soir (28 mai 2008), la Chorale Saint-Michel s’est jointe au « Luxembourg Brass Ensemble » et à l’organiste Alain Wirth pour un programme varié et audacieux. Autour de compositeurs anglais du XVIe au XXe siècle, la chorale a offert mercredi soir une prestation époustouflante.
photo euterpe
Beaucoup d’amateurs s’étaient rassemblés en l’église Saint-Michel pour goûter à des moments bouleversants de grâce musicale. En lever de rideau, les cuivres interprétèrent la célèbre Suite de
Purcell (1659-1695). Leur interprétation pleine d’engagement a su nous toucher, par des mélodies de danse familières rappelant Abdelazer, Dido et Aeneas.
Suivirent deux motets interprétés a capella par la chorale ; Le « O nata lux » prière intime que Thomas Tallis (1505-1585) a composé sur un texte d’un auteur anonyme du Xe siècle. L’interprétation, toute imprégnée de la ferveur mystique, fut d’une grande intensité émotive. Conscient que la prière exige une certaine intimité, le chef refuse la grandiloquence et privilégie la chaleur des voix. La chorale, en pleine possession de ses moyens, rayonne : elle investit tout l’espace sonore de l’œuvre et son irréprochable intonation permet de goûter sans réserves aux richesses harmoniques de la composition.
Le motet d’Orlando Gibbons (1583-1625) « Drop, drop, slow tears », fut chanté avec la même sensibilité par un ensemble décidément en grande forme. Composé par Henry Purcell en 1695 pour les funérailles de la « Queen Mary » la cantate « Funeral Music for Queen Mary » fait partie des œuvres chorales du répertoire les plus belles et bouleversantes. La mélodie « Man that is born of a woman, has but a short time to live » fut chantée avec un recueillement extraordinaire, recueillement qui nous rappela le thème du concert : « Glory be to the Father ». Un des grands moments du concert !
Alain Wirth interpréta en solo la « Voluntary in D Major » de John Stanley (1713-1786). S’il est vrai que nous avons découvert Stanley notamment par ses « voluntary » ( il a composé trois recueils de dix voluntaries), l’excellente interprétation d’Alain Wirth a confirmé notre conviction que Stanley mériterait d’être plus souvent joué ; même si son style, typiquement anglais cependant, parait parfois excessivement influencé par Haendel.
La première partie fut clôturée par le Brass Ensemble avec des extraits de La « Water Music » de Haendel.
La deuxième partie du concert réserva encore quelques bonnes surprises, notamment avec le psaume 24 (Le Psaume de David) « The Earth is The Lord’s » mis en musique par Charles V. Stanford (1852-1924). Les voix de dames, de soprano surtout, gardent une fraicheur juvénile et sont d’une beauté naturelle, mais pas travaillées au sens où on l’entend dans un conservatoire. Cette beauté « innocente » convient admirablement bien aux œuvres au programme. De façon générale, les voix de la chorale sont très expressives dans les pièces à caractère tendre et subtil. La direction de Gerry Welter – ceci vaut pour tout le concert – est à la fois soucieuse de perfection micrométrique, d’équilibre harmonique et naturellement portée à la mise en valeur de la pure beauté vocale. Nous pensions que cette interprétation fut le sommet de la soirée. Mais nous n’avions pas encore entendu le final !
Alain Wirth fit preuve de tout son art dans la très difficile Plymouth Suite de Percy Whitlock (1903-1946).Rythmée dans « Chanty », paisiblement pastorale dans « Salix », robuste dans le « Toccata » final, l’interprétation de Wirth nous captiva du début jusqu’à la fin.
La soirée se termina par « The Lamb » de John Taverner (1944- ). Sûr de sa troupe et fort judicieusement Gerry Welter avait choisi de garder l’interprétation la plus difficile pour la fin. Le texte du « The Lamb » est basé sur un poème de William Blake du recueil de poèmes intitulé « Songs of Innocence and Experience » (1789). Très belle et très recueillie, la musique de Taverner n’est pas facile à chanter ; La difficulté majeure résulte du fort contraste entre les dissonances des couplets et l’harmonie du refrain. Cependant nous résumerons l’interprétation de la chorale Saint-Michel par trois mots : simplicité, calme et perfection.
La chorale Saint-Michel, des amateurs qui chantent juste et qui ont prouvé, grâce à un travail passionné autour de leur chef, qu’il est possible d’interpréter des mélodies intimistes en leur conservant une grande tension. En un mot : une excellente carte de visite pour le chant choral du Luxembourg.
A la fin du concert le président Guy de Muyser félicita Alain Wirth, sous les applaudissements du public, pour son 20e anniversaire comme organiste à Saint-Michel. Gerry Welter s’est joint à ces félicitations en remettant un cadeau au jeune artiste.

Derniers Commentaires