Décidément en ce début d'année les interprétations vocales de qualité se portent bien. Si dans le cadre des Rencontres Musicales de l'Alzette nous avons pu assister en l'église de Lintgen à une interprétation magnifique de précision et de finesse du Messie de Haendel (par l'EVL), notre bonheur ne fut pas moindre samedi dernier (5 avril 2006) en l'église de Mensdorf lors de l'interprétation de la "Missa in tempore belli" de Joseph Haydn dans le cadre de "Musek am Syrdall.
Le public ne s'était pas trompé en faisant le déplacement dans la vallée dans la vallée de la Syre. Il fut nombreux et passionné. Les organisateurs avait fort judicieusement placé les œuvres orchestrales dans la première partie du programme réservant la deuxième partie exclusivement aux œuvres vocales.
Le choix de Nicolas Brochot de débuter le concert avec la "Romance pour cor et orchestre à cordes" de Michael Haydn s'avère heureux. Claire Kalisky donne une interprétation pleine de charme et de discrétion (ce qui n'est pas toujours évident pour son instrument) soutenue avec une empathie touchante, mais de qualité, par ses collègues de l'Orchestre de Chambre du Luxembourg. Suit la "Symphonie caractéristique pour la Paix avec la République Française" du compositeur tchèque Paul Wranitzky, une découverte exaltante pour de nombreux amateurs. "Les Musiciens" sont parfais sous la baguette de Nicolas Brochot. Les phrasés sont subtils et, surtout, les couleurs sont multiples. La musique devient visible! A cet effet, le dernier mouvement est particulièrement passionnant voire exaltant. Et toujours, cette qualité d'ensemble impressionnante, cette trentaine de musiciens qui réagit au quart de tour aux moindres indications de son chef. Superbe!
Pour la deuxième partie les solistes Anne Franck, soprano, Vera Ilieva, mezzo soprano, Patrick Siegrist et Hubert Deny, basse, se joignent aux chanteurs de la "Maîtrise de la Cathédrale de Metz" et de "Jubilate Musica" pour un début en fanfare. En effet comment appeler autrement cet hymne de Haydn, majestueux et plein de pompe, en adoration de l'empereur autrichien, parfait et bien aimé, "Gott erhalte Franz den Kaiser"?
La "Missa in tempore belli" qui suit est franchement d'un autre niveau! Cette œuvre qui s'inscrit à l'époque dans une série de messes de Haydn, appartient sans le moindre doute à ses meilleures compositions. Les évènements guerriers qui menacent trouvent leur expression acoustique dans les fanfares des trompettes et les marquants roulements de timbales. D'où l'appellation "Paukenmesse".
Pour l'interprétation, Brochot bénéficie de quatre solistes excellents et de chœurs mixtes, bien préparés, d'un niveau exceptionnel. Anne Franck, soprano (presque) lyrique et virtuose déploie un grand art sous divers aspects: phrasé, tension et ardeur expressives, sens exact du pathos. Son timbre a un rayonnement particulier, particulièrement bienvenu dans la musique sacrée. Elle surprend par la qualité de l'aigu et du suraigu. Elle est une de ces voix souples et intenses qui nous donnent un troublant sentiment d'espace et qui ainsi suspendent le sentiment du temps. Elle possède un de ces timbres étrangement pénétrants, à la beauté émouvante, assorti d'une énergie spirituelle très particulière.
Vera Ilieva, mezzo-soprano, et le jeune, mais prometteur, ténor Patrick Siegrist démontrent une maîtrise exceptionnelle du style et de l'expression baroque. Nous avons particulièrement aimé Hubert Déby, basse. Son interprétation, vocalement étonnante à tous les égards, témoigne de l'art et de la maîtrise de cet artiste qui parvient à une interprétation parfaite sans jamais forcer ses moyens, mais avec l'intelligence de ses propres ressources vocales.
Les chœurs, très engagés, soutiennent ce quatuor hors normes avec une belle énergie vocale où d'amples crescendos se mêlent au tapis harmonique.
Le son de l'orchestre est à la fois généreux et limpide. Des élans luxurieux assombris par des accents plus inquiétants dégagent une ferveur quasi mystique.
On ne le dira jamais assez, Nicolas Brochot a du punch et un sacré tempérament. Mais il a en plus le style, et quel style!
Nous avons été frappé par l'intensité et la vigueur du même souffle dramatique qui animent cette œuvre dans son entièreté, produisant un effet immédiat sur l'auditeur. Nous sommes sortis remué et bouleversé, de ce magnifique concert.
Paul Moes

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