Un concert magnifique et d’heureuses découvertes à Hostert

Publié le par Paul Moes

Un concert magnifique et d’heureuses découvertes à Hostert

 

Paul Moes

 

Nous avons assistés samedi  29 novembre 2008 en l’église de Hostert à un concert de l’ensemble vocal Jubilate Musica que Raymond Weydert, bourgmestre de Niederanven, a qualifié, à juste titre d’une « qualité exceptionnelle ».

 

Le chœur fit  patienter le public dans l’attente de l’Oratorio de Noël de Camille Saint-Saëns avec neuf petits chefs d’œuvre, soit a capella soit pour orgue, qui couvraient une époque du 17e au 20e siècle. Claude Balbastre (1727-1799) fut deux fois à l’honneur. Ce n’est que justice qu’Alain  Wirth, titulaire des orgues de Saint-Michel, débuta ce concert avec le « Prélude » du concerto pour orgue de Balbastre, qui fut titulaire de l’orgue de Saint-Roch à Paris. Organiste du Tout-Paris, il ne se produisit pas seulement à Saint-Roch mais également à Notre-Dame de Paris. Improvisateur de génie Balbastre est le premier, à avoir initié la grande école de l’orgue symphonique français. Il a libère l’orgue de son simple rôle accompagnateur de motets en faisant de lui un instrument de concert à part entière, notamment en écrivant le tout premier  « Concerto pour orgue » de tous les temps. Après avoir entendu l’interprétation subtile de Wirth nous comprenons mieux l’archevêque de Paris qui interdit à Balbastre de jouer  la messe de Minuit avec ces mots “cette musique ensorcelait les auditeurs et que la musique n’était pas faite pour flatter l’oreille des fidèles, puisque cela se faisait au préjudice de Dieu”. Pour la petite anecdote rappelons que Balbastre est aussi entré dans l’histoire pour la composition des célèbres variations sur la Marseillaise, notamment avec l’air hilarant des révolutionnaires « Ca ira, ça ira..... ». Il serait injuste de ne pas parler ici d’une œuvre de Morten Lauridsen (*1943). Ce fut pour nous la vraie découverte de cette première partie aussi bien par la précision de l’interprétation des chœurs que la conception et la rigueur du chef Burkhard Pütz. « O Nata  Lux »extrait de l’œuvre composé en 1997 « Lux aeterna » est une pièce à la fois traditionnelle et contemporaine, savante et émouvante, éclectique et personnelle. Les choristes maîtrisèrent parfaitement cette partition difficile. Bravo !

 

Après le « Cantique de Jean Racine » de Gabriel Fauré, compositeur toujours présent aux concerts  dits « spirituels » fut abordé sans autre interruption l’œuvre principale de la soirée l’Oratorio de Noël op. 12 de Camille Saint Saens. C’est avec regret que nous vîmes (ou ne vîmes pas !) les choristes et solistes se refugier sur le jubé auprès d’Alain Wirth et de l’orgue. Dommage que toute l’œuvre de Saint-Saëns a dû se dérouler dans le dos des auditeurs. Ce choix nous impose cependant le respect, car il a garanti une qualité artistique et acoustique de l’interprétation ainsi qu’un recueillement dans l’écoute, qui valurent bien quelques courbatures.

 

Kiara Sealy

Ecrite en 1858 et chantée en latin, l’œuvre de Saint-Saëns propose une construction très claire. Très mélodieux cet oratorio s’ouvre sur un prélude orchestral très délicat, ce fut le seul moment où nous regrettions l’absence de l’orchestre, dont les cordes se mélangent en douces vagues  à l’orgue dans la version orchestrale. Le premier aria pour mezzo-soprano seule permet d’entendre Kiara Sealy. La jeune chanteuse nous impressionne immédiatement par sa voix chaude qui prend de magnifiques couleurs de contralto dans les graves. Mais elle possède d’autres qualités, notamment une étonnante puissance, de plus elle chante avec bonheur et naturel. Quel dommage que son intervention fut de courte durée : voilà une chanteuse que nous aimerions réentendre ! Dans le duo  pour soprano et baryton, l’orgue d’Alain Wirth ne fait regretter à aucun moment l’harpe de la version orchestrale. Magnifique ! Ici a lieu notre autre découverte heureuse de ce concert, le jeune baryton David Ziegler nous éblouit par son timbre clair et son articulation très précise. Nous aimerions aussi le réentendre ! Le chœur »Jubilate Musica » impressionne par sa force et sa rapidité, remplit, sans peine,  l’église de Hostert avec sa puissance et sait chanter avec une grande douceur au bon moment, douceur dont la résonnance roule pendant de sublimes moments dans l’édifice. Le quintette final présente un équilibre parfait entre chœur et solistes, nous entendons parfaitement chaque soliste. Burkhard Pütz dirige tous les interprètes avec souplesse et élégance, toujours aussi fidèle à la partition.

 

Le public apprécia qu’à la fin il put voir artistes-solistes et artistes-choristes de face et il les remercia avec de chaleureuses salves d’applaudissements.

Commenter cet article