Emotions intenses et plaisirs exaltants aux Rencontres Musicales de l'Alzette (Lintgen)

Publié le par Paul Moes

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Dans le cadre des Rencontres Musicales de la Vallée de l'Alzette nous avons pu assister dimanche soir (9 mars 2008) en l'église de Lintgen à une interprétation magnifique de précision et de finesse du Messie de Haendel. L'interprétation de Walter Helbich se distingue des interprétations souvent trop romantiques par une sobriété joyeuse et festive. Avec Helbich tout sonne juste et tout respire. Les tempi semblent évidents. Cependant les nuances se déploient dans un cadre bien contrôlé et maîtrisé. Sur le mot "death" de l'air "The people that walked in darkness", le son des violons résonne ténu et angoissant. La pifa sonne pastorale, comme il se doit, mais sans forcer. Dans le chant de l'ange, "Les concerts lorrains" trouvent une superbe couleur (récit). Il est vrai que Helbich dirige son Messie à tous les niveaux comme un chef de chœur. En permanence attentif à l'armature globale de l'œuvre, il se refuse à des tempis trop extrêmes et réussit l'exploit de ne pas succomber pour autant à une contemplation immobile. Une direction d'un équilibre exceptionnel.
 
Point de vue solistes, nous avouons que nous avons rarement entendu un plateau vocal d'une telle homogénéité. Satoshi Mizukoshi, un vrai ténor "baroque", ne fait à aucun moment regretter Julius Pfeiffer le ténor initialement annoncé. Le jeune Japonais a une voix légère et souple, sauf son phrasé qui, à certains moments nous a semblé trop linéaire. Hana Blazikova est une soprano au timbre superbe, tout simplement magnifique et bouleversante. Kai Wessel, contre-ténor élégant et stable, déploye des couleurs vocales chatoyantes d'une clarté perçante dans les aigus avec un talent immense alors que Peter Kooji avec sa voix de basse puissante conjugue autorité vocale et agilité impressionnante ("The trumpet shall sound").
 
Mitzukoshi interprète l'Aria du début "Every valley" avec noblesse et sérénité . La voix de soprano de Hana Blazikova frémit toute d'ardeur et de ferveur dans l'Aria "Rejoice greately". Le magnifique et bouleversant air d'entrée de la seconde partie "He was despised" est superbement défendu par Kai Wessel alors que l'air de basse "Why do the nations" de Peter Kooji touche nos émotions les plus profondes.
 
L'Aria de soprano du début de la troisième partie ("I know that my redeemer liveth") nous étreint d'émotion avec une grâce intense.
 
L'Ensemble Vocal du Luxembourg dont l'effectif relativement réduit confère aux choeurs une transparence surprenante, brille par une approche dynamique et précise. Cet ensemble ne connait pas l'approximation! L'interprétation chorale est d'une limpidité magnifique qui permet de suivre toutes les voix. Remarquable de fugué et de netteté d'articulation dans "His yoke easy" (première partie) le chœur est exaltant dans "Surely, He has borne our griefs" et dans "Lift up your heads". L'auditoire goûte particulièrement le jubilatoire et popularissime "Hallélujah" qui achève la seconde partie alors que l'interprétation fuguée de l'"Amen" final avec sa saisissante mesure de silence entretient l'émotion et la tension jusqu'à l'accord ultime.
 
Enfin l'orchestre... Les Concerts lorrains savent se faire discrets quand il le faut, comme ils savent s'imposer quand l'œuvre l'exige. L'ensemble laisse deviner une rigueur sans faille, une exubérance maîtrisée, une souplesse exceptionnelle. Suggestive, sans être envahissante, soutien complice, la formation lorraine laisse plus entrevoir ses qualités que de les étaler, laissant la part belle aux voix.
 
Il ne nous est pas facile de trouver les mots pour exprimer le plaisir exquis que nous a offert cette interprétation du Messie.
 
Nous nous limiterons donc à remercier Rosch Mirkes et ses collaborateurs pour ce magnifique festival que furent les Rencontres Musicales de la Vallée de l'Alzette 2008 et nous nous réjouissons déjà pour l'année prochaine.
 
Paul Moes

Publié dans mars 2008

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